La plus belle histoire romantique

L’amour n’arrive jamais au moment où on s’y attend le moins, mais ce que cette histoire d’amour m’a appris, c’est qu’il sait pointer le bout de son nez à celui où on a le plus besoin de lui. La rencontre d’Edouard est certainement la plus belle chose qui me soit arrivée, mais elle a aussi été une réelle planche de survie à une période de ma vie où je faisais plus de la brasse coulée que le papillon.

Mais reprenons mon histoire depuis le début. Tout commence il y a un an, juste avant la période des fêtes de fin d’année. Pour que vous compreniez bien qui je suis, je dois commencer par avouer que je suis une fan inconditionnelle de Noël. J’ai toujours eu un faible pour ce moment si particulier de l’année, où nos intérieurs sont décorés de sapin, où nous sommes comblés par l’amour de nos proches et où chaque soirée se finit avec l’estomac plein de bonnes choses. Noël a toujours été une fête particulière dans ma famille, et une tradition que je partageais plus particulièrement avec mon père. De la décoration du sapin au menu des festivités, nous passions tous les détails du réveillon et de la journée de Noël au crible, et rien ne pouvait nous faire plus plaisir que passer des heures à faire les courses ou préparer des plats gargantuesques pour faire plaisir à toute la famille.

Plus belle histoire d'amour

Malheureusement pour moi, mon père nous a quitté cette année-là, deux jours à peine avant le soir de Noël. Cela a été un terrible coup dur pour toute ma famille. Mon père était un peu le roc sur lequel mes sœurs, ma mère et moi pouvions nous reposer en cas de coup dur. Mais que sa mort nous prenne par surprise juste avant Noël a été particulièrement cruelle pour moi, la petite dernière d’une tribu de 3 filles, la plus bohème, mais aussi celle qui se raccrochait le plus à son enfance, et à tout le confort et le bonheur qu’elle pouvait symboliser. Nous avons vécu le Noël le plus surréaliste et triste de toute ma vie. Un an plus tard, la douleur était toujours bien réelle, mais nous avions décidé avec ma famille de continuer à vivre, et faire vivre la magie de Noël, malgré l’absence de mon père.

Une tradition à réinventer

Il faut dire que j’ai beaucoup insister pour que nous n’abandonnions pas complètement la tradition de Noël. Malgré la perte et le deuil, je voulais m’accrocher à ce souvenir des fêtes de fin d’année, comme un clin d’oeil à celui qui nous manquait à toutes terriblement. J’ai donc du batailler avec mes sœurs, qui voulaient quitter la grisaille parisienne pour partir au soleil, et ne tenais pas à faire comme si de rien n’était. Finalement, après une lutte acharnée (n’ayons pas peur des grands mots), nous sommes parvenues à un compromis. Oui pour le repas de Noël, mais pour éviter le blues des fêtes, nous inviterions chacune des ami(e)s, collègues et proches, afin qu’elle prenne une tournure plus festive, et que l’on réinvente un moment de partage qui avait perdu de son sens depuis la mort de notre père.

Nous avons donc toutes apportées notre pierre à l’édifice, nous partageant les préparations du repas du 24. Etant graphiste de profession, je me suis naturellement dévouée à la décoration du sapin, à la préparation de la table, et j’ai même confectionné des faire-part à envoyer à nos convives. De leur côté, mes sœurs ont considérablement allongé la liste de nos invités, conviant leurs amis dont la famille vivait en province, et qui ne pouvant pas les rejoindre, devaient passer les fêtes seuls.

Nous en étions déjà à une vingtaine de participant le jour J quand ma sœur m’a appelé à la dernière minute pour me prévenir qu’il fallait ajouter une assiette de plus pour un collègue de son cabinet d’avocat, Edouard, dont l’avion pour retourner au Canada (il était originaire de Montréal) avait été annulé pour cause de mauvais temps. Autant vous dire que je n’étais pas franchement ravi de passer les fêtes avec un inconnu complet, que ma sœur m’avait décrit comme un gentil looser, un peu tête en l’air, mais plutôt « sympa ».

Mon plus beau cadeau de Noël

Arrive le grand soir, et me voilà qui sonne à la porte de l’appartement de ma sœur (car il aurait été impossible de faire tenir tous nos amis dans mon petit 30 m²) à bout de souffle et les bras chargés de cadeaux. J’entends déjà le bruit des verres qui s’entrechoquent pour trinquer, les cris des enfants, mais aussi le rire des invités à la maison, et j’ai déjà le cœur un peu lourd, comme si nous étions en train de trahir le souvenir de mon père en passant à autre chose, en adoptant une nouvelle tradition.

Notre plus belle histoire romantique

Je sonne donc un peu à contre-coeur, avec l’envie de faire demi-tour et de rentrer dans mon studio pour m’enfouir dans mon chagrin seule, sans avoir à rendre de compte. Et qu’elle n’est pas ma surprise quand un beau brun, la trentaine d’année et la barbe de 3 jours m’ouvre la porte avec un grand sourire. J’ai déjà rencontré la plupart des connaissances de mes sœurs, je suis donc presque sûre qu’il s’agit d’Edouard. Et je me maudis silencieusement d’avoir râlé après ma sœur pour l’avoir invité à la dernière minute. Impossible de le nier, Edouard est terriblement craquant.

« Emma c’est bien ça », me demande-t-il en me débarrassant immédiatement des sacs qui m’ont tailladé les doigts sur tout le chemin. Je murmure un timide oui, sentant le rouge me monter aux joues. Il me tend un verre, me fait la bise, et le champagne et ma gêne n’aidant pas, nous finissons par nous cogner. Une rencontre explosive donc. Avant de passer à table, je lance un regard surpris à ma sœur, et fini par lui demander si c’est bien lui le gentil looser dont elle m’avait parlé. Elle me répond en riant « Mais non, je me suis complètement trompé, Edouard est dans mon cabinet depuis 2 ans, c’est vraiment un mec super ». Et comme le hasard fait bien les choses, on finit par être assis côte à côte et passe tout le repas à discuter, rire et s’envoyer des pics comme des amis d’enfance.

Un baiser de Noël, pas vraiment sous le gui

Après un repas gargantuesque et quelques bouteilles de Bordeaux, c’est le moment tant attendu de l’ouverture des cadeaux. Nouvelles traditions obligent, cela ne se passera pas sous le sapin, mais chacun a reçu le nom de l’un des invités et nous nous sommes tous transformé en Père Noël mystère. C’est donc une joyeuse pagaille, entre ceux qui ne se souviennent plus à qui ils doivent offrir leur présent, et ceux qui l’ont tout bonnement égarés dans l’appartement. Je devrais me réjouir de voir toute cette joie au moment où ma famille et moi en avons le plus besoin, mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir un pincement au cœur. Sentant les larmes me monter aux yeux, je m’esquive discrètement dans la cuisine, essayant de chasser mes idées noires en m’occupant les mains avec la vaisselle salle.

Quelques secondes plus tard, je sens une présence derrière moi et entend Edouard me chuchoter :

« J’ai appris pour votre père, ça doit être très dur pour vous 4 de devoir fêter Noël sans lui cette année ».

C’est la goutte qui fait déborder le vase, et sans le vouloir, Edouard délcenche une crise de larme incontrôlable. Ne sachant plus quoi faire pour me consoler, il finit par me prendre le visage entre les mains, et nous nous embrassons à côté d’un évier rempli de vaisselle salle. Dans l’étreinte, j’oublie que mes mains sont pleines de produit vaisselle et une fois que nos lèvres se séparent, je ne peux m’empêcher d’exploser de rire en voyant ses cheveux recouverts de mousse.

« Je préfère ça », dit-il en se voyant dans le reflet de la fenêtre, pouffant aussi à la vue de sa nouvelle coiffure. Nous finissons donc tous les deux les larmes aux yeux, mais de rire cette fois.

Epilogue

Et finalement, ce Noël qui aurait du être le plus triste de ma vie, s’est transformé en quelque chose de bien plus beau et joyeux que ça. Depuis notre premier baiser, ce réveillon de Noël, Edouard et moi ne nous sommes plus jamais quitté. Il a complètement bouleversé ma vie, et m’a réellement permise d’aller de l’avant après une perte qui m’avait complètement fermé aux autres et m’avait privé de ma joie de vivre.

Histoire d'amour qui a changé ma vie

Aujourd’hui encore, nous continuons de fêter Noël en famille et avec nos amis, une tradition que nous n’avons jamais abandonné, et qui nous permet de célébrer à la fois le souvenir de mon père, et le début de ma plus belle (et de ma dernière) histoire d’amour.