Fermeture de la maison d'édition Ego comme X

En avril dernier, le fondateur de la maison d’édition Ego comme X, Loic Néhou, a annoncé le cœur lourd mettre fin à l’aventure. Unique en son genre, cette structure avait fait le pari plutôt osé de mettre en avant les autobiographie (un choix audacieux à sa création, en 1994). C’est notamment avec la parution du célèbre journal de Fabrice Neaud que le genre était devenu aussi populaire.

Le large catalogue de la maison d’édition Ego comme X s’étale donc sur plus de trente ans, et s’est construit autour d’un journal homonyme et de bandes dessinées, soit plus de 75 titres en tout. C’est sa grande diversité qui avait su attirer les lecteurs, Ego comme X parvenant à mêler des rééditions, mais aussi des nouveautés, des auteurs français ou étrangers. Le tout récompensé par de nombreux prix au célèbre festival d’Angoulème.

Si de nombreux lecteurs sont aujourd’hui orphelin de cette édition unique en son genre, qui avait sû souffler un vent frais sur le monde de la bande dessinée, les plus jeunes générations méconnaissent l’histoire de la maison Ego comme X. Pour tous ceux qui seraient donc passé à côté de cette structure, voici tout ce que vous devez savoir sur Ego comme X.

L’histoire de la maison d’édition Ego comme X

La maison d’édition Ego comme x a publié pour la première fois une revue portant le même nom en 1993, avant de se formaliser officiellement en 1994, autour de Xavier Mussat, Loïc Néhou (qui en prendra la tête ) et Fabrice Neaud.

Même si la maison se spécialise dans la publication d’ouvrages de bandes dessinées autobiographiques, elle a aussi su étoffer son catalogue en proposant dès 2006 des ouvrages de littérature, toujours dans le genre de l’autobiographie, du témoignage, des mémoires, mais aussi de l’autofiction. Autre tournant en 2011, ou Ego comme X fait le choix de rééditer certains de ces ouvrages les plus iconiques, à travers une collection unique qui sent bon la nostalgie.

Catalogue de BD Ego comme X

Malheureusement, son fondateur, Loïc Néhou, officialise le 24 octobre dernier la mauvaise nouvelle que beaucoup attendaient déjà : la maison ferme ses portes, après plus de 30 ans de bons et loyaux services (et le prix « Alph-Art Coup de Cœur » à Angoulême en 1997). En cause, le manque de soutien des structures comme le Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes ou le Pôle Image d’Angoulême, qui ne lui permettaient plus de vivre de son activité.

La fermeture d’une maison d’édition aussi importante dans le paysage français montre donc bien la fragilité de ce secteur à l’heure du numérique et de la grande distribution.

Une édition unique et aux parutions extrêmement variée

Bien sûr, les fans de la première heure connaitront surtout Ego comme X pour son travail autour de l’autobiographie, dont Essai de sentimentalisme de Frédéric Poincelet et Néhou (paru en 2001) qui troubla de nombreux lecteurs pour sa réflexion autour de l’univers de la bande dessinée. Il faut également mentionner le travail unique de Simon Hureau, qui publia ses carnets de voyage à Ego comme X, dont le percutant Colombe et la horde (2004).

Mais au delà du genre phare de la maison, l’autobiographie et autofiction, Ego comme X a su repousser ses propres limites, se faisant l’écho de récits titanesque comme le Décaméron de Vincent Vanoli (paru en 2000). Outre les auteurs français, Ego comme X a également su mettre en avant des talents étrangers, comme les talentueux John Porcellino ou encore James Kochalka.

Tout sur la maison Ego comme X : histoire et catalogue de BD

Les ouvrages publiés par Ego comme X était également une mine précieuse du patrimoine national avec notamment Gens de France et d’ailleurs de Jean Teulé permettant de donner toute sa force au travail d’écriture et de dessin complétement novateur qui se retrouvent chez de nombreux jeunes bédéistes aujourd’hui. On lui doit également la parution de l’étrange Mélody, née sous la plume de Sylvie Rancourt et faisant rentrer la bande dessinée canadienne dans nos librairies française, pour le plus grand plaisir des lecteurs.

L’audace d’Ego comme X et de ses créateurs a aussi été de donner leur chance à des auteurs boudés ou lâchés par de plus grandes maisons d’édition, comme Frédéric Boilet avec le sublime L’Épinard de Yukiko. Autre coup de force, la traduction en français d’un maitre du manga, ignoré dans l’hexagone malgré son incroyable talent : Ego comme X fit paraître en 2004 l’essentiel Homme sans talent de Yoshiharu Tsuge. Un courage et une ligne éditoriale forte dont il sera difficile de se défaire les années à venir.